07 mars 2011

Affaire Galliano, bagatelles pour un massacre

Bien que les faits datent, l'affaire explose en pleine Fashion Week parisienne. 

John Galliano, le célèbre créateur salarié de la maison Dior, attablé à la terrasse du café la Perle dans le quartier du Marais, haut lieu de la bobo-gay-itude parisienne, a tenu, dans un (désormais habituel) état second,  des propos antisémites et insultant envers ses voisins de table. 

Pas besoin d'en dire plus sur les faits, la vidéo a déjà fait le tour du monde. 

Sur cette affaire, plusieurs points sont à relever. 

Avant tout, soyons francs, John Galliano n'était plus un génial créateur de mode. Il était devenu un artiste, un homme qui avait fini par utiliser la mode comme une oeuvre d'art. John Galliano ne créait plus d'habits, il créait des oeuvres. Il ne faisait plus rien pour la mode en tant que telle, il ne contribuait plus à transformation et à l’évolution de la condition de l'Homme par les habits comme l'ont fait tout au long de leur vie des Coco Chanel ou des YSL. Son prêt à porter n'avait rien d'extraordinaire (un tour dans sa boutique de la rue St honoré le confirme), sa haute couture, bien qu'importable, si, mais moins. Il perdait de son éclat. Tournait en rond.

La popularité de Galliano ne se faisait plus sur ses vêtements, mais sur le spectacle. 
Les défilés Dior/Galliano étaient des spectacles, c'était un tout dont le clou était l'arrivée toujours plus fracassante de l'artiste à la fin. Mais en soi, les habits ne se suffisaient plus à eux-mêmes, ils avaient besoin de ce folklore et de la personnalité du créateur pour vivre. 


Galliano était donc devenu un artiste. Un simple artiste, dont la maison cherchait à se débarrasser depuis quelque temps et qui a décidé de se suicider à petits feu. 

Rongé par l'alcool et la drogue, Galliano est devenu une sorte de monstre paranoïaque. 

Sa folie mégalomaniaque s'en est en premier lieu prise à lui, tentant de transformer son corps pour exister, bodybuilding, puis incroyable perte de poids, costume des plus abracadabrant, attitude... Galliano n'était pas dans le sur-jeu mais dans le sur-JE. 

Logiquement, après avoir épuisé son corps, on transforme sa haine de soi en haine des autres, et quoi de plus facile que de s'en prendre à ceux qui ont le plus marqué la misère du monde. Les juifs. 
Céline (qui a également fait l'objet d'une "affaire" ces derniers temps) dans son délire paranoïaque disait que les gens qui étaient le plus spoliés n'était pas les juifs mais lui, qu'Anne Franck était acclamée, sublimée alors qu'on le boudait, lui.

Galliano, qui dans sa période d'éclat a fait défiler pour une collection des mannequins de toutes formes, de tous poids, tailles... parce que toute femme pouvait être belle, a fini par ne plus voir que la laideur en elles, préférant éliminer cette laideur (relative) plutôt que de l’utiliser en beauté.

Bon, admettons le, Galliano n'est pas le premier à penser que la laideur devrait disparaître, et qu'il est préférable de ne pas exister plutôt que de vivre laid... 
Qui n'a pas entendu des insultes telles que "t'es laid, cache toi!", "tu es tellement laid que tu ne devrais même pas sortir", "tu es tellement laid que tu ne devrais même pas exister" ? 
Ces immondices  ne sont pas propres à Galliano. 

Ce qui est plus intéressant c'est de voir pourquoi, selon lui, cette éradication de la laideur passe par la case 2nd guerre mondiale, hitler et gazage. 

Parce que Galliano est un artiste coupé de notre monde, coupé de la réalité. Le monde n'est plus pour lui qu'une conception artistique globale. 

Pour lui, hitler n'est pas le hitler que l'on connaît. Il n'est pas celui qui a engendré le malheur et la douleur de millions de gens, il est celui qui a engendré l'image d'officiers tirés à quatre épingles dans leurs uniformes. Galliano ne voit l'étoile jaune que comme un instrument de customisation de la tenue des juifs. 
Pour lui hitler est celui qui a fait du corps humain une oeuvre d'art massive. Au même titre qu'un Arman utilisant des poubelles dans ses accumulations, hitler est l'artiste qui a utilisé le corps pour ses accumulations. 


Au même titre, dans sa collection parisienne de 2000, Galliano ne voyait pas la misère des clochards. Il voyait sur eux l'étonnante utilisation des rebuts et des déchets. Il voyait en eux des porteurs d'oeuvres d'arts.
Il ne voyait plus le mal dans la réalité.  


Il est donc évident que pour lui, ce qu’il voyait comme la laideur d'un corps devait être éliminée de la manière la plus radicale qu'il soit et en profite pour participer à la création d'une oeuvre.

Dans cette optique, on peut penser que Galliano, ira crescendo dans la folie, et finira peut être même par s'éliminer physiquement, ne reste plus qu'à savoir de quelle façon cet homme transformera sa mort en oeuvre. 

 

Ou alors, relativisons, Galliano est juste un être abject comme, hélas, tant d'autres,  et qui, dévasté par la drogue et l'alcool met sa vraie personnalité à jour. 

 

Mais j'ai tout de même envi de conclure en blâmant "les insultés". 
Ces pauvres types qui, en présence de Galliano, face au monstre Galliano, ne pouvant pas ne pas remarquer que celui ci était dans un état second, et sur une pente dangereuse,  que celui ci était déjà entré dans un processus d'auto-destruction, ont eu l'idée de le filmer déblatérant ses immondices, le poussant même à les déballer et adoptant par là même une attitude meurtrière à son égard. 

Ces gens sont finalement bien petits eux aussi. 

 

Posté par pmj_blog à 00:18 - Permalien [#]